NEUMANN (B.)


NEUMANN (B.)
NEUMANN (B.)

En 1723 arrive à Paris un jeune architecte allemand, inconnu. Il vient soumettre à Robert de Cotte et Germain Boffrand, artistes dont la gloire rayonne sur toute l’Europe, les plans qu’il a contribué à établir pour la construction d’un nouveau palais destiné au prince-évêque de Würzburg. Reçu avec condescendance par l’un, amabilité par l’autre, il repart au bout de quelques mois. Ce sera le seul séjour en France de Neumann. L’épisode est important, car la résidence de Würzburg a occupé Neumann pendant une trentaine d’années. Les travaux de fortifications et d’urbanisme en général constituent une grande part de l’activité de Neumann. Son plus beau titre de gloire aujourd’hui, ce sont pourtant les châteaux et les églises qu’il a édifiés. Il prend place aisément parmi les plus grands architectes que l’Allemagne, et même l’Europe, aient produits.

Travaux militaires et édifices civils

Balthasar Neumann est né à Eger (aujourd’hui Cheb) en Bohême, d’une famille d’artisans modestes. Ses études de géométrie et d’architecture le conduisent à devenir ingénieur militaire et, en 1717, il prend part au siège de Belgrade, que dirige le prince Eugène (c’est en officier que Giambattista Tiepolo le représentera en 1751).

La grande carrière s’ouvre pour lui le jour où Johann Philip von Schönborn, après son accession au trône de prince-évêque de Würzburg, en 1719, l’appelle à seconder Maximilian von Welsch qu’il a chargé de construire une nouvelle résidence. La famille des Schönborn est alors l’une des plus puissantes de l’Empire. La confiance et la familiarité que Neumann sait mériter de la part de ces grands seigneurs, pleins de goût pour les arts, lui valent bien vite des commandes dans toute l’Allemagne. En 1729, il est chargé de la direction et de l’inspection de l’ensemble des activités d’architecture militaire, civile et religieuse dans les deux évêchés de Bamberg et Würzburg.

En 1730, Neumann est appelé en consultation pour l’achèvement du château de Bruchsal (Rhénanie). Il insère au centre du bâtiment un extraordinaire escalier: le plan est elliptique; deux rampes, symétriques par rapport au grand axe de l’ellipse, s’élèvent depuis le rez-de-chaussée, qui est sévère, avec ses colonnes doriques à fût cannelé, jusqu’à l’étage, tout empli de lumière; on se trouve alors dans un large espace aux fenêtres cintrées séparées par des pilastres composites. La fresque de Johann Zick, qui décore la coupole, et les stucs de Johann Michael Feuchtmayer, qui l’encadrent, complètent cet éblouissant ensemble.

De 1733 à 1745, en même temps que se poursuivent les travaux de la résidence, le prince-évêque se fait construire à Werneck un séjour plus retiré. Ici Neumann est seul maître du plan et des aménagements. Les installations intérieures ont aujourd’hui disparu. Les différentes ailes s’ordonnent autour d’une cour; de gros pavillons, fortement saillants, se dressent aux angles, ainsi qu’au centre du corps principal. Le jeu des toitures aux pans incurvés, les deux minces tours coiffées de bulbes, les courbes capricieuses des frontons confèrent à ce château une saveur et un charme pleins de séduction.

Cependant les travaux d’urbanisme se multipliaient à Würzburg: adductions d’eau en 1730, destruction des anciennes fortifications et aménagement de nouveaux boulevards sur leur emplacement tout au long des années 1730. Neumann surveille personnellement la construction des maisons d’habitation qui s’élèvent le long des nouvelles rues. Les destructions de la guerre ont considérablement altéré l’aspect original qu’il avait donné à la ville, et fait disparaître certaines des maisons qu’il avait lui-même bâties, comme le Hof Rombach.

Toutes ces réalisations visaient à encadrer dignement la résidence; les travaux, commencés dès 1720, ne furent achevés pour le gros œuvre qu’en 1744. Malgré la multiplicité des interventions, les unes venant de Paris avec de Cotte et Boffrand (ce dernier fait en personne le voyage de Würzburg en 1724), les autres de Vienne avec Johann-Lukas von Hildebrandt (il effectue plusieurs séjours à Würzburg entre 1730 et 1740), l’ouvrage porte bien la marque de Neumann. La guerre a endommagé le château, et la plus grande partie des appartements ont disparu. Par chance, les pièces maîtresses existent encore: l’escalier et le salon d’honneur (Kaisersaal), où Tiepolo vint en 1750 et 1751 déployer des fresques fastueuses, et la chapelle, chef-d’œuvre, où la part de Hildebrandt est essentielle dans la décoration.

L’escalier de Würzburg est peut-être le plus étonnant témoignage que Neumann ait laissé de son habileté technique. Il se développe dans une cage rectangulaire de 30 mètres sur 18 que couvre une voûte d’un seul tenant. À Neresheim, que le fils de Balthasar Neumann achèvera après la mort de son père, un souci de prudence conduira à renoncer au voûtement en pierre, que seule la virtuosité du disparu aurait pu mener à bien. Le grand salon embrasse deux étages; son plan est un quadrilatère à pans coupés; de hautes pénétrations allègent l’aspect de la voûte qui le couvre. Le souvenir de Vaux-le-Vicomte paraît avoir inspiré la conception d’ensemble.

Les églises de Balthasar Neumann

La chapelle de la résidence n’est pas le premier essai de Neumann dans le domaine de l’architecture religieuse mais elle marque le point de départ de nouvelles conceptions que l’église des Vierzehnheiligen et celle de Neresheim porteront à leur apogée. Entre 1730 et 1735, il donne les plans et surveille la construction de l’église de pèlerinage de Gössweinstein (Franconie); la coupole basse qui couvre la croisée du transept dénote un effort encore incertain pour résoudre la vieille antinomie entre plan central et plan basical. À Etwashausen (Franconie), où les travaux commencent en 1741, la solution est plus audacieuse: la nef se réduit à deux courtes travées; la croisée forme un carré, sur les diagonales duquel se disposent quatre couples de colonnes toscanes à fût lisse, portant les fragments d’un entablement circulaire qui constitue la base de la coupole. L’effet de centralisation de l’espace est encore plus accusé dans l’église de Gaibach (Franconie) qui date des mêmes années; Neumann expérimente ici pour la première fois l’idée des espaces elliptiques qui se pénètrent réciproquement. C’est cette idée qui triomphe à la chapelle de Würzburg avec son corollaire, la formule des arcs gauches tangents au sommet.

Il est possible que cette idée ait été inspirée à Neumann par l’exemple qu’avaient donné à Banz, tout près de Würzburg, les Dientzenhofer, architectes pragois. Neumann a lui-même travaillé à Banz, pour compléter les bâtiments de l’abbaye. En 1742, il dépose son plan pour la reconstruction de l’église de pèlerinage dédiée aux quatorze saints intercesseurs, les «Vierzehnheiligen », située juste en face de Banz.

La construction des Vierzehnheiligen eut une histoire compliquée. L’architecte Gottfried Krohne, dont les plans avaient été écartés, mais qui demeurait chef du chantier, entama les travaux à un emplacement légèrement différent de celui que Neumann avait prévu; il en résultait que l’endroit de l’apparition miraculeuse, sur lequel devait prendre place l’autel principal, n’était plus dans le chœur, mais au centre de la nef. En 1744, Neumann remanie ses plans et construit un modèle en bois, conservé aujourd’hui au musée de Bamberg. La nouvelle position de l’autel oblige à accentuer le caractère central de l’édifice. Il y parvient en créant un décalage hardi entre le plan au sol (qui reste un plan basical, avec une nef, des bas-côtés et un transept) et le plan des voûtes (trois coupoles surbaissées sur plan

elliptique); la coupole qui couvre la nef est la plus importante, des arcs gauches la raccordent aux coupoles qui couvrent le chœur et la travée d’entrée. Ainsi, privilégiée sur le plan, la croisée du transept est en fait indiquée, au niveau des voûtes, par l’accolement de deux grands arcs, ce qui la réduit à n’être qu’un temps faible; cet effet est accentué au moyen du second transept, que Neumann introduit au niveau de la jonction entre l’ellipse principale et celle de l’entrée. L’autel principal [cf. AUTELS], ainsi que l’ensemble de la décoration, furent exécutés après la mort de Neumann par Jakob Michael Küchel et Thomas Appiani. Extraordinairement lumineuse et claire, l’église forme une sorte d’écrin étincelant autour de l’autel central; le jeu combiné des différentes courbes donne au visiteur l’impression, à mesure qu’il se déplace, de circuler dans un espace aux frontières incertaines et aux articulations trompeuses. Le premier motif d’admiration que l’on éprouve devant les Vierzehnheiligen est l’insertion dans le paysage; la façade en pierre jaune de l’église s’élève au milieu de collines boisées, flanquée de ses deux tours aux bulbes compliqués. Un effet plus achevé encore est obtenu au Käppele de Würzburg; ici Neumann a aménagé toute la pente d’une colline au moyen de terrasses et d’escaliers perdus dans la verdure. Le gros œuvre du Käppele est à peine achevé, en 1749, que Neumann donne ses plans pour la grande église de Neresheim, en pays souabe. Le plan rappelle celui d’Ottobeuren; plan longitudinal de cinq travées, correspondant à cinq coupoles, où Neumann reprend sur un mode plus grandiose le thème des quatre couples de colonnes supportant la coupole principale. L’effet de compénétration des espaces est moindre qu’aux Vierzehnheiligen et l’ensemble donne une impression plus calme et moins ambiguë. Ce dernier ouvrage commence à peine à sortir de terre quand Neumann disparaît à Würzburg. Ses papiers, restés quelque temps dans sa famille, furent dispersés en 1804 et la dernière guerre en fit disparaître une grande partie. Mal connu en dehors de l’Allemagne, cet architecte est parmi les plus importants du XVIIIe siècle. Il se situe au point extrême de la tradition issue de Borromini et de Guarini. Si leur somptueuse décoration fait de certaines de ses œuvres des modèles parfaits de ce que l’on appelle rococo, il reste avant tout, cependant, un architecte, tirant ses plus beaux effets d’un agencement habile de la construction: on le voit parfaitement avec des édifices restés sans décor, comme Etwashausen. Sa science de praticien a permis de comparer telle ou telle de ses réalisations avec les plus grands effets obtenus par les techniciens du béton armé.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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